My Stealthy Freedom : le rôle des médias et réseaux sociaux

Nous les utilisons tous les jours, en moyenne presque une heure et demi, les réseaux sociaux sont aujourd’hui clairement ancrés dans nos habitudes. Mais quelle utilisation en faisons-nous ? Se tenir au courant, communiquer avec des amis ou même travailler sont devenues des activités courantes sur les réseaux sociaux. Désormais, les affaires politiques se passent elles aussi sur les réseaux sociaux.

Dans le but de promouvoir leur campagne électorale ou se prononcer sur un sujet d’actualité, les réseaux sociaux sont devenus primordiaux pour les figures politiques, à l’image de Trump et ses tweets enflammés.

Mais ils ne sont pas réservés qu’à ce genre de fins politiques. Depuis 2014, les photos d’iraniennes dévêtant leur hijab(passible de prison en Iran) envahissent ces réseaux . On rapporte très souvent le traitement de ces évènements à la situation économique du pays. En effet, la montée exponentielle des prix, la croissance du chômage et les fraudes répétées des autorités du gouvernement de Rohani, ont poussé les iraniens à sortir dans les rues. C’était le cas à Machad le 28 décembre dernier et dans de multiples autres villes, faisant plusieurs dizaines voir centaine de mort.

La réaction médiatique : info ou intox ?

le traitement médiatique de cette affaire pourrait ainsi laisser penser  que ces femmes retirant leur voile représente une protestation accompagnant les manifestations contre le gouvernement. C’est bien ce qu’ont voulu nous faire croire certains médias. Sur 20minutes par exemple, la photo d’une jeune femme cheveux nus, montée sur un bloc et brandissant un bâton sur lequel est attaché son voile blanc a été présentée comme la nouvelle figure emblématique des protestations du 28 décembre à Machad.

De multiples autres médias n’ont pas tardé à relayer mésinformation (ou peut-être désinformation ?).  Plusieurs personnalités se sont exprimées sur Twitter, comme la militante pour les droits de l’Homme et opposante iranienne Maryam Namazie.

La jeune femme sur la photo avait ensuite été violemment réprimandée puis emprisonnée mais d’autres actes du même type ont suivit. En tout, le gouvernement Iranien a arrêté pour avoir retiré leur voile.

Les médias sociaux et My Stealthy Freedom

En réalité, la photo avait été prise un jour avant la manifestation de Machad, le 27 décembre à Téhéran dans le cadre du programme My stealthy freedom. C’est la journaliste iranienne Masih Alinejad qui crée ce programme sur Facebook en 2014 et la page principale compte maintenant plus de 1 million d’abonnés. L’Iran a pourtant interdit Facebook, d’où la difficulté pour les femmes du pays de s’exprimer. C’est en publiant une photo d’elle sans voile sur cette même plateforme que la journaliste a réellement initié le mouvement. L’ambition d’Alinejad avec la création de My Stealthy Freedom est de faire du port du voile dans les lieux public, un choix personnel et non une obligation.

Grâce aux multiples photos, commentaires et autres évènements du même genre, ce qui n’était en 2014 qu’une simple page facebook devient au fur et à mesure, un vrai mouvement politique d’ampleur internationale. Deux hashtags voient même le jour : #MyStealthyFreedom et #WhiteWednesday. Ces derniers sont utilisés lors des post de photos sur les réseaux sociaux. Il sont aussi présents sur les voiles que les femmes tiennent au bout des bâtons en signe de contestation. La page Facebook du mouvement compte aujourd’hui plus d’un million de like.

La réaction des autorités

Cette campagne n’est absolument pas anti-islamique. Cependant, certains le pense y compris le gouvernement Iranien qui condamne le mouvement. Ce dernier accuse les participantes de My Stealthy Freedom de comportement immoral et encouragement à la prostitution.

Dans les rues du pays, le gouvernement déploie une milice pour veiller le respect de la loi sur le voile. En plus, il créé une cybercampagne de sensibilisation au port du voile pour les femmes. Le but est de démontrer à quel point elles sont libres en les comparant à d’autres pays, et les risques qu’elles encourant si elles ne portent pas le voile. Le choix d’une campagne sur le net n’est pas anodin. Le gouvernement a tenté de recréer le succès que My Stealthy Freedom avait rencontré avec sa campagne initialement en ligne.

My stealthy Freedom n’est pas qu’un mouvement féminin. En effet, plusieurs hommes du monde entier ont aussi posté des photos d’eux avec le hashtag #MyStealthyFreedom. Cela engendra encore d’autres nouveaux hashtag comme #MenInHijab.

Les réseaux sociaux dans le monde

Les médias sociaux ont permit à ce mouvement de créer une communauté virtuelle mais aussi d’engendrer des actes publics. C’est un moyen pour des communautés de s’exprimer ou de tenter de changer certaines mentalités. My Stealthy Freedom n’est qu’un mouvement parmi des centaines. Certains sont plus connus que d’autres comme le mouvement #MeToo qui avait aussi beaucoup fait parler de lui. Les réseaux sociaux (principalement Twitter) ont aussi permis la création de Black Lives Matter. Le hashtag avait fait le tour du monde en créant un véritable mouvement social. Les réseaux sociaux sont donc une manière pour ces dernières d’accéder à une notoriété importante. Cela permettra ainsi, de donner plus de poids à leurs revendications.

Cependant, l’accès aux réseaux sociaux est très inégalitaire. Il est de 66% en Amérique du Nord, 54% en Europe de l’Ouest, 14% en Afrique et 15% en Asie du Sud. L’Iran interdit l’accès à Facebook mais ce n’est pas le seul puisque 6 autres pays interdisent aussi cette plateforme.

En fait, même si les médias sociaux permettent à des mouvements de se créer ou de grandir, cela ne signifie pas que toute la population y a accès de la même manière.

Aurore PALANQUE

références (consultées le 5/10/2018) :

http://www.businessinsider.fr/us/iran-before-the-revolution-in-photos-2015-4#men-and-men-mixed-freely-and-educational-opportunities-were-greatly-extended-western-clothing-and-norms-also-became-ingrained-into-large-segments-of-the-iranian-population-13

http://www.independent.co.uk/news/people/men-in-iran-are-wearing-hijabs-in-solidarity-with-their-wives-a7160146.html#gallery

https://www.franceculture.fr/societe/en-iran-le-mouvement-des-femmes-qui-retirent-leur-voile-samplifie

http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/01/31/la-fausse-icone-de-la-revolte-en-iran_5249837_4497186.html

http://www.rtl.fr/actu/international/iran-que-se-passe-t-il-depuis-quelques-jours-7791661365

 

 

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