L’identité numérique après la mort

Identité numérique sur les réseaux sociaux créée par Freepik

Plus le temps passe, plus le nombre de personnes qui sont (ou ont été actives) sur les réseaux sociaux augmente. En 2019, l‘Oxford Internet Institute a mené une étude dans laquelle on estimait qu’il y aurait presque 5 milliards d’utilisateurs décédés sur Facebook d’ici la fin du siècle. Donc, peut-on dire que l’identité numérique persiste même après notre mort?

Alors, il est possible d’affirmer que la vie ne s’arrête pas après le décès de notre identité physique. Il y a encore un encodage énorme de contenu numérique et de données dans les différents réseaux sociaux : avatars et profils, courriels, photos, vidéos, publications, historique de navigation, etc. Ainsi, toutes ces données composent notre identité numérique. Celle-ci s’enrichie en continu au cours de notre vie virtuelle. Selon Alexandre Plourde, avocat chez Option consommateurs qui a publié un rapport de recherche sur la mort numérique, l’identité numérique est éternelle, car les comptes restent généralement actifs pour toujours. Les plateformes deviendraient donc de véritables cimetières virtuels.

La gestion des données après la mort

En cas de décès, chaque site a ses propres règles : certains suppriment les comptes après un certain délai d’activité et d’autres ignorent tout simplement. M. Plourde explique ainsi que plusieurs entreprises n’abordent pas la question de la durée de la conservation des données dans leurs politiques. Ainsi, les entreprises suppriment les comptes, mais elles n’effacent pas complètement les données.

Au Canada, l’avocat explique que le cadre juridique adapte mal les enjeux soulevés par la mort numérique. En effet, la loi canadienne ne prévoit pas explicitement un droit, pour les consommateurs, de déterminer ce qu’ils souhaitent qu’il arrive à leurs données après leur mort. De surcroît, les liquidateurs n’ont aucun pouvoir sur la gestion des données du défunt.

Y a-t-il des pistes de solutions ?

Ainsi plusieurs personnes proposent quelque chose de très simple et ne comprennent pas pourquoi ce n’est pas déjà ce qui se fait. Il s’agit de l’effacement des données lors du signalement du décès. Donc, pourquoi n’est-ce pas déjà mis en place ? Une des réponses : le capitalisme. Ce concept influence le monde depuis longtemps, et maintenant, même notre identité numérique!

Le capitalisme dans notre identité, même après la mort ?

D’abord, les entreprises voient une opportunité d’affaires et se lancent dans les préarrangements numériques. Selon Gary Denault, auteur et conférencier d’un panel sur la mort numérique, ce n’est pas nécessaire. Il démontre que la majorité des Canadiens ne prévoit pas de payer pour un tel service.

Ensuite, un autre enjeu concerne la trace laissée par les données numériques des individus sur le web. Selon Hélène Bourdeloie, comme il est difficile de prouver la mort, la trace des données demeure sur les sites. Il est facile de croire que nos données qui sont monétisables pour les entreprises qui les possèdent lors de notre vivant le demeurent après notre mort.

Finalement, garder une personne vivante peut aussi se faire via l’intelligence artificielle. C’est sur cela que se concentre une bonne partie des avancements présentement, soit l’immortalité numérique. Comme Rothblatt dit dans son livre, il suffit de mettre en relation nos informations numériques et nos habitudes en ligne que nous laissons derrière avec l’intelligence artificielle pour obtenir la création d’un soi numérique après notre mort. Alors, beaucoup d’entreprises travaillent sur ce phénomène pour le profit potentiel.

Parlant de capitalisme dans l’après-vie : le cas d’Upload

De quelles manières le capitalisme pourrait-il s’infiltrer dans la vie numérique après la mort? L’émission télévisée américaine Upload propose des idées. Dans cet univers de science-fiction, les individus ont la possibilité de télécharger (d’« uploader ») leur conscience afin de se retrouver dans un au-delà virtuel possédé par l’entreprise Horizen. Donc, leur « existence» dépend ainsi d’un contrat de paiement continu avec cette dernière qui possède d’ailleurs maintenant toutes leurs données numériques. Vous voulez avoir une nouvelle tenue ou changer le décor de votre chambre? Pas de problème, il faut simplement payer un surplus. 

La série aborde par le fait même le sujet des inégalités financières. Celles-ci sont déjà présentes dans la société et se poursuivent ainsi après la mort. Les classes sociales sont encore divisées. Les individus moins aisés financièrement se retrouvent à un étage moins avantageux et leur temps d’activité est limité. Tandis que d’autres n’ont tout simplement pas les moyens d’accéder à l’option de perdurer dans un au-delà numérique. Bref, cette série présente bien les nouveaux enjeux que la création de paradis virtuels pourrait entraîner dans notre société.

Pour un aperçu fictif de ce à quoi pourrait ressembler notre identité après notre mort : https://www.primevideo.com/detail/Upload/0NQ1QFP6B4R6TM8O2590IV5716

En terminant, il n’y a pas de doute que plusieurs réflexions doivent être faites sur le plan éthique . Alors que notre représentation numérique sera la propriété d’une entreprise, qu’est-ce qui l’empêchera de l’utiliser pour manipuler nos proches à des fins marketing?

Bibliographie 

Bourdeloie, Hélène. (2015). ‪Usages des dispositifs socionumériques et communication avec les morts‪: D’une reconfiguration des rites funéraires. Questions de communication. https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.10069

C2 Montréal, (2019). Immortalité numérique : et si l’IA était la clé de la vie éternelle. https://www.c2montreal.com/fr/articles/immortalite-numerique-ia/

Grammond, Stéphanie, (2018). La vie (numérique) après la mort. La Presse, section affaires. https://plus.lapresse.ca/screens/6dccab90-ad98-4bbd-8e9d-2151a83e5e38%7C_0.html

Humphries, C. (2018, 18 octobre). Digital immortality: How your life’s data means a version of you could live forever. MIT Technology Review.  https://www.technologyreview.com/2018/10/18/139457/digital-version-after-death/

Ohman, C. et Watson, D. (2019). Are the dead taking over Facebook? A Big Data approach to the future of death online. Big Data & Society, 1(13). https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/2053951719842540

Plourde, A. (2017, mars). Entre mémoire et oubli : Les consommateurs face à la mort numérique [Rapport de recherche]. Option consommateurs. https://option-consommateurs.org/wp-content/uploads/2017/07/vie-privee-mort-numerique-mars-2017.pdf 

Prime video. (2022). Upload. Prime video. https://www.primevideo.com/detail/Upload/0NQ1QFP6B4R6TM8O2590IV5716

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