Comment l’application Tinder nous met en relation avec les autres ?

Par Mélyane Fafard, Jordan Poulin et Charles-Antoine Morissette

En 2012, dans la grande ville de Los Angeles, l’application Tinder voit le jour. Tinder ira jusqu’à révolutionner les habitudes romantiques de plus de 57 millions d’utilisateurs à-travers le monde. Aujourd’hui, près de 12% des Américains et Américaines auraient rencontré leur partenaire amoureux sur une application de « dating online ». Il convient donc de s’interroger sur l’influence qu’ont ces entremetteurs virtuels sur nos « swipes ». Comment l’application Tinder nous met-elle en relation avec les autres ?

Page d’accueil de Tinder

Les algorithmes de l’application Tinder

Un algorithme est une méthode générale pour résoudre un type de problèmes. Il est dit correct lorsque, pour chaque instance du problème, il se termine en produisant la bonne sortie, c’est-à-dire qu’il résout le problème posé. Des auteurs, comme Antoinette Rouvroy et Thomas Bern suggèrent qu’ils produisent alors du savoir sans hypothèses préalables à partir des données elles-mêmes. Certains auteurs amènent d’autres définitions plus complexes qu’ils considèrent mieux adaptées pour expliquer le concept de l’algorithme. C’est le cas de Gillespie (2006) qui considère les algorithmes comme « des ensembles sociotechniques contribuant à la production de connaissances et à la prise de décisions au sein desquels les gens […] sont transformés en données, sont placés dans des relations mathématiques et se voient attribuer une valeur basée sur une évaluation calculée ». L’algorithme de Tinder fonctionne selon un score fondé sur les actions des usagers de l’applications. Donc, plus un profil est apprécié, meilleur est son score.

La supériorité des profils masculins sur Tinder

Le système de jumelage de Tinder

Judith Duportail est journaliste et autrice de L’amour sous algorithme (2019). Selon elle, Tinder utilise un algorithme qui attribue un score aux utilisateurs pour les mettre en relation. Elle avoue dans une entrevue que : « Le système de jumelage de Tinder était un système de classement où l’application fait en sorte de créer des paires dans lesquelles l’homme est supérieur à la femme. Il présentait aux femmes des profils d’hommes soit plus âgés, soit ayant fait plus d’études, soit ayant davantage d’argent. »

Le Score Elo

David Myles et Martin Blais sont auteurs de Dix petits hacks Tinder : les algorithmes au service d’une économie spéculative des rencontres amoureuses et sexuelles. Ils cherchent aussi à savoir comment l’application Tinder nous met en relation avec d’autres personnes. Ils stipulent que les applications de rencontre comme Tinder mettent au point des algorithmes pour estimer l’intérêt et l’attraction possible entre les utilisateurs. « Avec ses millions d’usagers, comment l’application sélectionne-t-elle les profils qu’elle suggère ou dissimule à autrui ? Dans les guides étudiés, il est généralement présumé que Tinder fonctionne (ou fonctionnait) selon la méthode d’évaluation Elo, développée à l’origine pour classer les joueurs de tournois d’échecs (Krüger et Spilde, 2019) . L’application accorderait un score de désirabilité à chaque usager en calculant l’engouement qu’il suscite chez les autres. Ainsi, l’application recommanderait aux usagers les profils jugés symétriquement populaires. Les profils en forte demande seraient proposés aux usagers qui sont aussi en forte demande. [Les] usagers atterrissant au bas de cette stratification se matcheraient [plutôt] entre eux. »

Ergonomie numérique

Il est important de noter que la conception même de la plateforme est responsable d’une modulation de nos relations interpersonnelles. La discussion s’impose lorsque certaines problématiques surgissent. Dans le cas de Tinder, il semble pertinent de comparer la plateforme à la problématique des jeux d’argents, plus précisément le principe de machine à sous ou jeux de cartes. Ces principes se sont établis comme étant problématiques dû à leur caractère addictif. Cela légitimise la remise en question de la plateforme et de son incidence sur notre comportement. Cette problématique est actuellement étudiée et requiert encore plus de données avant de tirer des conclusions.

La fluidité au cœur du design

Le principe du « swipe  »

Ainsi, l’application Tinder est devenu un phare pour mettre les utilisateurs en relation avec les autres. Notamment, c’est grâce à la compréhension des développeurs du concept de la fluidité. L’expérience utilisateur repose essentiellement sur le principe du « swipe  », c’est-à-dire un glissement bidirectionnel ou quadri directionnel du pouce ou de l’index afin d’interagir avec l’appareil électronique. Le principe est simple; un minimum d’effort pour l’expérience la plus confortable possible tout en garantissant un maximum d’engagement:

 Les composés techniques et sémiotiques du « swipe » favorisent et provoquent son actualisation. S’il passe pour intuitif, c’est parce que ses petites formes, iconiques et énonciatives, font signe pour une culture numérique et occidentale. […] sur la partie inférieure de l’écran, l’interface de pilotage invite l’utilisateur à agir. Le « petit geste » [se fonde] sur des affordances qui font du mobile un outil facile, amusant et urgent à prendre en main. En outre, son caractère binaire limite l’interaction : si l’utilisateur a une relative liberté pour son tracé, s’il peut explorer le profil, ou cliquer sur les boutons pour le gérer, il ne peut passer l’étape du choix, changer un « non » en « oui » (à moins de payer), dire « peut-être ». Ce caractère verrouillé du design, gage de l’efficacité de l’application, configure l’interaction. Ses affordances relèvent donc moins d’invitations (Deni, 2005, 81) que d’ordres poussant à actualiser la gestuelle dans une certaine direction. Aussi fermé qu’un interrupteur, c’est presque dans le régime de l’engagement et de l’appel, de la mobilisation (Ferraris, 2016) militaire que le « swipe » place l’utilisateur.

Et ensuite ?

L’influence de Tinder sur nos vies amoureuses

Ces études ont un point en commun : elles démontrent que nous n’avons pas le contrôle sur nos matchs. Alors que les rencontres se passent de plus en plus via les applications de dating online, est-il souhaitable que Tinder nous mette en relation avec avec des personnes qui nous ressemblent ? Certains y voient un outil pratique pour rencontrer les bonnes personnes. D’autres y perçoivent la menace de se cantonner à fréquenter sans cesse le même type d’individus. Dans tous les cas, les applications de rencontre ne cessent de se perfectionner. Il est fort probable que, dans les prochaines années, encore plus de de célibataires trouveront l’amour grâce à elles. 

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *