QAnon pour les débutants

Des hommes-lézard à la tête du GAFAM, un réseau pédo-sataniste manipulant politiciens et médias, aucun complot n’est écarté pour le groupe conspirationniste QAnon qui n’aurait jamais pu voir le jour sans le web.

Pizzeria et pédophilie

Depuis l’été 2017, des théories du complot signées par un ‘’Q’’ pour QAnon apparaissent sur des forums anonymes comme 4chan et 8chan. Parmi toutes les théories partagées, une rattachant Hilary Clinton à la pizzeria Comet Ping Pong fait le tour du web. En effet la théorie prouvée fausse prétendait que l’ancienne candidate à la présidence utilisait les lieux avec une organisation pédophile pour établir un trafic sexuel.

Avec le temps, Q continue d’assembler les différentes théories du complot pour démoniser une partie de la sphère politique et médiatique états-uniennes. Influenceurs, journalistes et animateurs radio commencent, à leur de tour, à partager ces idées qui seront résumés sous le nom de PizzaGate. Grâce à des commentateurs politiques tel qu’Alex Jones ou Tucker Carlson, ces idées sont adhérées par un nombre toujours plus grand de conspirationnistes qui profitent d’Internet pour échanger leurs ithéories.

Partisan de QAnon dans une manifestation approuvant le Pizzagate (Source : Time.com)

Where we go one, we go all’’

‘’Where we go one, we go all’’ est le serment des membres de QAnon qui se filment avec l’hashtag TakeTheOath sur les différents médias sociaux. Depuis la pandémie, une augmentation pratiquement exponentielle des recherches liées à QAnon prend place sur ces réseaux. L’isolement social et la détresse face au virus ont permis une propagation encore plus importante de Fake News prétendant détenir la vérité derrière la Covid-19 et son vaccin. Le mouvement va connaitre son apogée en janvier 2021 quand près de 800 personnes vont prendre d’assaut le Capitole de Washington.

Le QAnon Shaman (Jake Angeli) connu comme figure emblématique de l’assaut sur le Capitole. (Source : bernerzeitung.ch)

Il est impossible de penser à cet évènement en ignorant la conspiration QAnon. Il est difficile d’expliquer ce qui s’est réellement passé, une chose est certaine, l’émeute présente tentait d’empêcher l’élection de Joe Biden. Cette révolte organisée en ligne ne fût pas sans conséquence, car cinq personnes vont y perdre la vie.

(Photo by Stephanie Keith/Getty Images)

L’effet Rabbit Hole

Sans que les plateformes numériques soient à l’origine du PizzaGate, il est certain que cette théorie n’aurait jamais pu se perpétuer jusqu’à l’assaut du Capitole . En effet le discours conspirationniste exploite deux failles majeures de ces plateformes. D’abord, la fragmentation de l’information dans les espaces publics numériques et ensuite les algorithmes régissant les mêmes espaces.

L’effet rabbit hole est le nom du concept expliquant la croissance des théories du complot. Cet effet est redevable aux algorithmes destinés à trouver contenu le plus engageant ou provocant pour chacun. À cause de leur caractère polémique, bénéficiant de l’économie de l’attention, les discours conspirationnistes deviennent rapidement un trou sans fond. L’algorithme finit par uniquement présenter du contenu conspirationniste.

La réponse des médias sociaux

Depuis le Capitole, Twitter, Facebook et Youtube luttent activement contre le contenu conspirationniste lié à QAnon et autres théories du complot sur leur plateforme. Tous ont connu des vagues de bannissement des groupes conspirationnistes

En effet Facebook a annoncé en septembre 2021 qu’il allait combattre d’avantage les groupes aux discours haineux ou à but de désinformation. « We recognize this challenge is complex », précise David Agranovich, directeur de Global Threat Disruption pour la firme californienne.

Si le défi est complexe, dit Agranovich, c’est parce que la ligne est fine entre les groupes rassemblés pour une cause sociale et ceux qui profitent de la plateforme pour partager des causes nationalistes/extrémistes. Les membres de ces communautés problématiques sont aussi conscients de cette lutte contre leurs pratiques : « bad actors deliberately blur the lines between real people expressing their ideas and deliberate manipulation, in order to be harder to catch ». C’est ce qu’affirme Nathaniel Gleicher, chef de la sécurité des politiques pour Facebook.

Dans ce jeu du chat et de la souris toutes les plateformes devront redoubler d’efforts contre des communautés toujours prêtes à trouver de nouvelles failles aux systèmes.

Par : Guillaume St-Georges, Matthieu Laperrière et Ruben Santiago Granados Guerra

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