AMOUR ET ALGORITHME

Par Xavier Lebel et Alice Théroux

ILLUSTRATION : ELENA LACEY

Au Canada, nombreux sont ceux qui sont toujours à la recherche de l’amour. En 2020, cela représente plus de 18 millions de célibataires canadiens. Toutefois, les avancées du web et les nouvelles technologies simplifie la quête de l’amour grâce à l’émergence des sites de rencontres. C’est maintenant commun d’avoir recours à l’aide d’Internet pour trouver la personne idéale ! Aujourd’hui, c’est plus 36 % des Canadiens qui utilisent des applications de rencontre. Toutefois, choisissons-nous vraiment qui on choisit d’aimer ou l’algorithme le fait pour nous ?

Relations naturelles?

D’abord, il faut se demander comment les algorithmes des diverses plateformes de rencontres affectent les relations humaines. De nos jours, l’intelligence artificielle joue un rôle crucial dans la pratique courante qu’est trouver l’amour. La popularité de ces plateformes augmente de manière exponentielle et rejoint 75 millions d’utilisateurs mensuels sur Tinder. Cette application reconnue pour avoir développé une interface qui « ludifie » en quelque sorte la façon dont on trouve l’amour.

Vous garder occuper

Ces applications ne font pas exception lorsqu’il est question d’économie de l’attention et tendent à garder ces utilisateurs en ligne en permettant un meilleur match selon le score de l’utilisateur. Les algorithmes des plateformes comme Tinder, par exemple, sont reconnus pour avoir employé une analyse prédictive des choix des utilisateurs pour créer des liens entre eux, sans que les utilisateurs en soient conscients. Commençons d’abord par retourner aux premiers balbutiement dans le monde des réseaux de rencontre. Nous pourrons ensuite mieux comprendre ceux qui caractérisent le marché d’aujourd’hui.

OkCupid – Pionnier dans le secteur

OkCupid n’est pas le premier site de rencontre à avoir exister, ce titre revient à Match.com. Cependant, c’est l’un des premiers qui permet aux célibataires de se « matcher » peu importe où ils sont. Lancé en 2003, le site de dating se distingue par ses profils utilisateurs plus que complets. En effet, les usagers doivent remplir une multitude de « match questions » qui permet de comparer la compatibilité entre les profils. OkCupid suggère de répondre entre 50 et 100 questions variant de « Considèrerais-tu fréquenter quelqu’un qui n’aime pas les enfants ? » à « À quelle fréquence te brosses-tu les dents ? » pour s’assurer d’avoir un calcul efficace et représentatif. 

Mais comment l’algorithme te recommande ton « match » parfait ?  

C’est assez simple, au moment où l’on remplit les questions, la réponse fournie n’est pas tout ce qui compte. Il y a trois parties à la réponse : la réponse à la question, à quelle réponse on s’attend de l’autre et l’importance du sujet de la question. Ces trois composantes sont ensuite entrées dans l’algorithme qui se charge d’assigner des valeurs numériques aux réponses. Ensuite, il te présente un match avec un pourcentage de comptabilité élevé. On constate donc que l’algorithme d’OkCupid est fortement influencé par ses utilisateurs, mais ce de manière consciente et explicite. OkCupid explique le fonctionnement du « Match making » en profondeur, sur leur site web.

FruitzAfficher ses désirs

De nos jours, certaines plateformes proposent une variation du concept et tendent à se démarquer par leur utilisation variée des algorithmes ainsi que des mécaniques d’utilisations. Par exemple, nous pouvons utiliser une application comme Fruitz, qui détermine nos intentions de rencontres sur la plateforme grâce aux distinctions volontaires que nous entreprenons en se mettant dans une catégorie bien déterminée. On peut choisir un fruit qui viendra assigner quel type de rencontre nous voulons avoir : sérieux, ouvert, relation amicale… Bref, on se donne un caractère qui donnera un but à l’éventuelle rencontre.

Dynamique relationnelle

La plateforme tente de créer des dynamiques qui sont plus proches de ce que ses utilisateurs veulent. Elle ira surtout varier leurs types de rencontres selon leurs besoins du moment. L’algorithme permet aux hommes de se trouver 3 « matchs » tandis que les filles ont une capacité infinie de « matchs ». Ce principe exerce une forme de pouvoir distinct entre les hommes et les femmes. Fruitz se démarque pour son approche plus rationnelle en catégorisant les usagers et en affichant clairement les raisons pour lesquelles ils sont sur la plateforme.

Bumble – Les femmes sont reines

Bumble, quant à elle, favorise une approche qui s’appuie unilatéralement sur la dynamique des réseaux de rencontres. La fondatrice du réseau, Whitney Wolfe Herd, était déterminée de créer une application qui ne serait pas néfaste pour la sécurité des femmes. Le taux d’abonnement entre les hommes et les femmes est nettement plus élevé du côté masculin; 76% de l’utilisation globale faites par des hommes sur les réseaux de rencontres. Ce déséquilibre propulse l’idée derrière le concept qui ne donne l’opportunité qu’aux femmes de choisir avec qui elles veulent interagir.

Guider nos choix

L’application reste tout de même une interface qui fonctionne selon un code et des paramètres précis. D’abord, son utilisation ne cherchera pas à créer un profil type pour l’utilisateur qui a tendance à favoriser un certain type de personne. Son algorithme tentera plutôt de nous rediriger vers des gens qui ne sont pas nécessairement dans nos cordes et qui sont plutôt actifs sur le réseau dans notre secteur.

Grindr L’amour pour tous

Une autre application de rencontre, Grindr, cible la communauté LGBTQ+ et sa configuration offre une variation unique face à celle de Tinder. En gros, les différences se situent dans l’information qui peut être divulguée entre les usagers. L’application leur permet de s’échanger des photos ainsi que leur localisation exacte. La messagerie ouverte est aussi un atout pour les gens qui veulent entrer en contact directement avec quelqu’un lorsqu’ils éprouvent de l’intérêt, ce qui accélère davantage le processus de rencontre.

Contrer le « spam »

Plus positivement, l’algorithme de Grindr fait un tri des faux comptes et ne semble pas interférer dans les suggestions que reçoivent les usagers. La proximité semble être le lien automatique pour connecter les utilisateurs ainsi que la navigation à travers les nombreux profils de la plateforme auxquels s’adonnent les membres. S’il est plus démocratique de choisir et de pouvoir échanger librement, c’est parce que les dynamiques ne sont pas les mêmes sur tous les réseaux vu leurs démographies variables.

Tinder – Swiper pour Matcher

Dans les dernières années, Tinder est probablement devenue l’une des plateformes de rencontre de référence. C’est maintenant 75 millions d’utilisateurs qui se connectent chaque mois pour trouver l’amour ! La popularité de l’application provient de son interface. « Swipe » à gauche ou à droite; quel « swipe » te fera gagner un match ? L’algorithme de Tinder disperse les profils à « match » potentiels parmi ceux présentés. Cela se rapproche fortement du renforcement à ratio variable utilisé dans les jeux d’argents, les machines à sous et la loterie. Cet aspect amplifie le caractère addictif de l’application. 

La controverse du Score Elo

En 2019, la compagnie a révélé qu’elle avait, jusqu’à présent, utilisé un algorithme basé sur la méthode du « Score Elo », système d’évaluation emprunté au monde des échecs, mais que cette pratique est désormais désuète chez Tinder. La principale critique de cette technique était que l’algorithme accordait un score aux profils selon la réceptivité des autres utilisateurs et l’engouement envers celui-ci. En d’autres mots, plus un profil recevait de « swipe » à droite, plus l’algorithme de l’application lui accordait un meilleur score. Le score accordé est davantage représentatif de l’opinion populaire et de la désirabilité physique des individus. Les représentants de l’entreprise ont toutefois dénié tout lien entre le score Elo et l’apparence physique des usagers.

Un système plus compliqué

À la suite de ce communiqué, Tinder annonçait également l’adoption d’un nouvel algorithme : l’algorithme de Gale et Shapley. Davantage basé sur des prédictions futures, le système met en place une matrice des « matchs antérieurs » pour prédire les profils intéressants. Concrètement, l’algorithme identifie les matchs réalisés et repère un autre profil qui a eu les mêmes. Ensuite, il propose d’autres utilisateurs selon les matchs du second profil analysé. Alors, si Micheline a eu des affinités avec Gaétan et Serge. Puis, Huguette a aussi eu des jumelages avec Gaétan et Serge, mais aussi Claude. Le profil de Claude sera montré à Micheline. Cette nouvelle méthode de Tinder est moins précise, mais permet d’enlever le biais que créait le système du Score Elo.

Pour en lire davantage sur l’algorithme de  Tinder : http://mediassocionumeriques.org/medias-sociaux/comment-lapplication-tinder-nous-met-elle-en-relation-avec-les-autres/


En conclusion

Enfin, les rencontres sur le web peuvent être bénéfiques, mais celles-ci sont malheureusement caractérisées par des systèmes bien définis qui tendent à favoriser les utilisateurs plus actifs et populaires de la plateforme. Certains modèles amènent des propositions intéressantes et donnent plus de poids à certains groupes ou communautés. Il faut que les applications servent à bénéficier aux usagers en les incitant à se départir des plateformes dans le but de créer des relations durables en dehors du web. Retrouverons-nous peut-être le goût un jour d’aborder les gens de façon plus naturelle sans aucune recommandation des technologies de rencontres?

Lectures complémentaires :

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