La Chine et les crédits sociaux : une dystopie contemporaine

La Chine et les crédits sociaux
La Chine et les crédits sociaux.
Image de Kevin Hong

Il est bien connu que nos données sont recueillies par les géants du Web. Imaginez un moment cependant que celles-ci soient employées pour vous octroyer un score de civisme. Les moindres de vos actions en ligne seraient passées sous la loupe et se verraient attribuer une note. Celle-ci serait ensuite classée et affichée au grand public, et pourrait affecter votre admissibilité à un prêt hypothécaire ou à un emploi. Loin d’appartenir à une bête fiction dystopique cependant, un tel concept fait déjà l’objet de tests en Chine depuis 2015,  après que le parti communiste ait autorisé 8 compagnies à implémenter un système dit de « crédits sociaux ».

Le crédit social : les origines

Le projet remonte à la publication du Planning Outline for the Construction of a Social Credit System par le gouvernement chinois, en juin 2014. Celui-ci comportait 4 objectifs : assurer « l’intégrité commerciale et sociétale », « la probité du gouvernement », et « la crédibilité système de justice »1. La Chine faisait face en effet à une crise de confiance à l’échelle nationale. Au cœur de celle-ci, figurait l’absence d’un système de crédit centralisé et une mauvaise réglementation du marché. En effet, selon l’OCDE, 63 % des produits contrefaits proviendraient de Chine et seulement 1 Chinois sur 3 disposerait d’un historique de crédit. 600 milliards de yuans (113,20 milliards de dollars) sont ainsi perdus annuellement, du fait du manque d’information quant à la solvabilité des clients. Si la participation au système demeure pour le moment volontaire, celle-ci deviendra obligatoire dès 2020.

Un risque pour la vie privée

Bien qu’il réponde à de réels besoins en termes de traçabilité financière, ce système présente cependant le risque d’être instrumentalisé à des fins de contrôle sociétal. Des récompenses sont ainsi offertes aux individus jouissant des meilleurs scores. Celles-ci vont d’éviter les files d’attentes dans les hôpitaux à louer une voiture sans effectuer de dépôt. Moins amusante cependant est la réalité des personnes dont la note laisse à désirer. Il peut leur être interdit de prendre l’avion ou même d’effectuer un prêt pour l’achat d’une maison. Pire encore, leur nom et leur visage peuvent même être affichés publiquement, sans égard pour leur vie privée. Ceci est d’autant plus inquiétant que les critères relatifs à la notation sont peu connus. L’accès aux notes est également restreint et il est souvent trop tard au moment où un fautif en prend connaissance.

Une réalité pas si éloignée

Bien que pouvant sembler extrêmes, ces méthodes ne sont pourtant pas étrangères au Québec. Les pratiques de notation des compagnies de crédit sont à ce titre presque aussi opaques que celles du gouvernement chinois. Sous couvert du secret industriel, celles-ci peuvent mener à des décisions et des exclusions arbitraires ou discriminatoires. On peut déplorer que les lois actuelles sur la protection des renseignements personnels n’effectuent pas un encadrement approprié à cet égard. Au contraire, elles ne laissent au particulier que le droit de consentir à ce système d’évaluation. Et à bien y penser, qui peut se priver d’une carte de crédit ou d’un prêt hypothécaire?

Pour en savoir plus : 

1. https://chinacopyrightandmedia.wordpress.com/2014/06/14/planning-outline-for-the-construction-of-a-social-credit-system-2014-2020/

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