#Freethenipple : un mouvement pour l’égalité juridique et culturelle des femmes

La campagne Free the Nipple a vu le jour en 2012 afin d’introduire le documentaire éponyme réalisé par Lina Esco parut en 2014. La réalisatrice publie sur les réseaux sociaux numériques de petites capsules vidéos afin d’en faire la promotion. Plusieurs d’entre elles ont été retirées de certaines plateformes socio-numériques, car elles allaient à l’encontre de leurs conditions d’utilisations. La suppression du contenu exposant notamment des poitrines féminines provoque une vague de frustration chez la communauté Instagram et Facebook. La campagne prend encore plus d’ampleur grâce au #Freethenipple et fera le tour du WebÀ ce jour, le hashtag qui regroupe aujourd’hui plus de 4 millions de publications.

 

L’origine du hashtag Free the Nipple

Le mouvement dénonce la convention qui autorise les hommes à se montrer torse nu sans conséquences ni jugements de la part de société. Que ce soit sur Internet ou en public, aucune restrictions ne sont portées à leur égard. Plusieurs l’ignorent, mais depuis 1992, les femmes ont légalement le droit de marcher à New York sans chandail. Toutefois, celles qui osent franchir les normes sociales sont jugées comme étant indécentes. Le même traitement s’applique pour les femmes qui choisissent de publier du contenu où leur corps fait figure première. On dit d’elles que ce sont des filles faciles et sans pudeur. Pourquoi le corps de la femme est-il encore un tabou ? La campagne #Freethenipple revendique l’égalité pour les femmes quant à la censure de leur corps publiquement et sur les réseaux sociaux numériques.

Représentation de la censure reliée aux seins des femmes

 

Les conditions d’utilisations

Un nombre considérable de membres d’Instagram ont soulevé plusieurs contradictions en lien avec les conditions d’utilisation de l’application, dont celle-ci :

 

Vous n’êtes pas autorisé(e) à publier, par le biais du Service, de scènes de nudité partielle ou totale, ni de photo ou contenu à caractère discriminatoire, illicite, frauduleux, haineux ou pornographique ou sexuellement suggestif.

 

Les utilisateurs d’Instagram, en particulier la gent féminine ont fait part de leur désaccord. Les principales questions qu’elles soulèvent sont les suivantes : pourquoi sont-elles victime de censure sur les médias sociaux numériques ? En quoi les seins d’une femme sont-ils si différents du torse d’un homme ? Pourquoi à l’ère du numérique le corps de la femme soit encore perçu comme un objet d’hypersexualisation ? Tous ces questionnements sont le reflet de la campagne. Pour provoquer la communauté Instagram, de nombreuses femmes alimentent et soutiennent le mouvement en publiant sous le #Freethenipple, des photos d’elles nues où leurs seins et leurs parties génitales sont volontairement recouvertes. Plusieurs vedettes ont pris part à cette tendance. En effet, on a aperçu Miley Cyrus, Lena Dunham, Chelsea Handler ou encore Rihanna publiées des photos volontairement censurées d’elles-mêmes. Ceci permettant de donner de la visibilité à leurs revendications.

Photo censurée sous le hashtag Freethenipple

 

Les standards de la communauté Facebook

Les réseaux sociaux numériques tels que Facebook, Instagram, Twitter, Tumblr ou encore Pinterest sont des espaces où on peut librement publier et partager du contenu qui expose nos intérêts, nos valeurs et surtout notre quotidien. Toutefois, la liberté laissée aux utilisateurs et à leurs publications doit se conformer aux standards de communauté. Ces standards sont précédemment établis par Facebook. La sélection des divers contenus autorisés se dessine à travers les normes et valeurs les plus socialement acceptées et forment les standards de communauté. Puisque Facebook a fait l’acquisition d’Instagram le 10 avril 2012, ce sont les mêmes qui s’y appliquent.

 

Les standards en terme de nudité

Suite aux nombreuses controverses qu’a notamment provoqué le mouvement Free the Nipple, Facebook a rendu publiquement ses règles de publications le 24 avril 2018. Voici les critères de publications se rattachant à la nudité :

Nous sommes conscients qu’il arrive parfois que des personnes veuillent partager des images de nudité à caractère artistique ou créatif, mais pour un bon nombre de raisons nous n’autorisons pas la nudité sur Instagram. Cela inclut les photos, les vidéos et les autres contenus numériques présentant des rapports sexuels, des organes génitaux ou des plans rapprochés de fesses entièrement exposées. Cela inclut également certaines photos de mamelons, mais les photos de cicatrices post-mastectomie et de femmes qui allaitent activement un enfant sont autorisées. La nudité dans les photos de peintures et de sculptures est également acceptable.

 

Ce qui en ressort principalement est que la nudité utilisée à des fins artistiques est permise, mais avec certaines limites. Cependant, un enjeu a échappé à Instagram. Une photo de l’artiste canadienne Rupi Kaur d’elle étendue dans un lit avec du sang menstruel visible sur ses pantalons. L’application a retiré à deux reprises cette photo. Pourtant, elle n’enfreint aucune des restrictions prescrites par les conditions d’utilisations. Pour la communauté Instagram, le sang menstruel serait-il donc considéré comme illicite ?Plusieurs ont jugées cette décision complètement illogique. On prive la femme de présenter son réel quotidien pour privilégier une fausse représentation de celle-ci, c’est-à-dire une vision de la « femme Instagram » idéale. Étrangement, la photo a été remise sur le compte de l’artiste suite au soulèvement de plusieurs femmes.

 

La photo controversée de Rupi Kaur

Et les hommes eux ?

Donc, si on suit la logique du règlement d’Instagram, toute forme de nudité sur leur réseau est interdite. Tout comme les femmes, les corps des hommes devraient être censurés. En effet, ils n’auraient théoriquement pas le droit de publier des photos d’eux sans chandail, ni de l’enlever en public. Le privilège de se promener dans les rues pendant les journées chaudes d’été prendrait techniquement fin. Pourtant, aucune restriction ne s’applique à la tendance des garçons torse nu qui sortent fraichement de la salle d’entrainement…

 

Arianne Savard

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Facebook
Google+
http://mediassocionumeriques.org/uncategorized/freethenipple-un-mouvement-pour-legalite-juridique-et-culturelle-des-femmes">
Twitter
LinkedIn