Deepfake : le visage à deux faces

Dans les récentes années, et nous l’avons bien vu pendant la pandémie, les fausses informations et les fausses nouvelles polluent les médias sociaux. Cela devient inquiétant lorsqu’on sait qu’il y a des technologies émergentes permettant la création de vidéos réalistes en permutant les visages de deux personnes. C’est ce qu’on appelle les « deepfakes » ou hypertrucage.

Les vidéos créées de cette manière peuvent laisser très peu de traces de manipulation, si elles sont bien faites. Sachant cela, il est raisonnable de se poser des questions sur l’intégrité de ces technologies d’hypertrucages. Cependant, toutes les utilisations ne sont pas mauvaises. Nous verrons trois exemples de « deepfakes » allant de bon à malsain. 

Les différentes utilisations

Paul McCartney et son deepfake

Dans la nouvelle vidéo officielle de Paul McCartney Find My Way on remarque quelque chose de très étrange. En effet, le chanteur de 79 ans semble avoir rajeuni jusqu’à la vingtaine. C’est le résultat du deepfake. La vidéo a fait réagir les gens. Sortie le 22 juillet, elle accumulait déjà plus de 2 millions de vues la première journée de publication. Le premier commentaire décrit bien le sentiment général : “This is both terrifying and so awesome at the same time, it’s like seeing an alternative universe where Paul is a young pop star in 2021” (source YouTube). C’est assez étrange de voir une version jeune de Paul McCartney, d’un autre côté c’est pour certain impressionnant de le « voir » danser de cette manière.

Vidéo officielle de Find My Way par Paul McCartney

La technologie d’hypertrucage peut donc être utilisée de manière professionnelle et à des fins divertissantes. Cela dit, il ne faut pas oublier que la réputation du deepfake est plutôt malsaine, en raison de ses autres utilisations.

Un discours Trumpeur

La deuxième vidéo d’hypertrucage est celle d’un discours de l’ancien président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump. Dans la vidéo, le président américain insulte la population Belge quant au réchauffement climatique. Le discours a été publié sur la page d’une organisation politique sous le nom de : The Flemish Socialist Party sp.a qui est dorénavant nommé Vooruit. Certaines personnes étaient conscientes que la vidéo était un deepfake, mais plusieurs utilisateurs étaient outrés par le discours et insultaient Donald Trump en commentaire. Il est inquiétant de voir qu’une vidéo peut alimenter une haine envers une personne ou même un pays. Avec cet exemple on remarque que le deepfake peut devenir dangereux si le créateur décide de faire un contenu malsain.

Vidéo publié par Vooruit

La popularité du faux Tom Cruise

La technologie du deepfake prend même le contrôle des vidéos Tiktok. La popularité de l’utilisateur DeepTomCruise se base sur l’utilisation cette technologie pour tromper son auditoire. Ces vidéos utilisant le visage célèbre de Tom Cruise lui permettent d’atteindre des millions de visionnements par semaine. Ces vidéos, d’une durée de quelques seconde présentent un homme (Tom Cruise) donnant des conseils absurdes sur la vie. Ce contenu a permis à son créateur d’atteindre 3.2 millions d’abonnés sur Tiktok, tout en soulevant une vague de questionnements sur l’éthique de ces vidéos. Tom Cruise a refusé de commenter et a depuis créé son propre compte Tiktok pour démasquer l’autre utilisateur. Chris Ume, le créateur de ces vidéos, explique qu’il est difficile de faire un deepfake. «You can’t do it by just pressing a button», dit Ume.

Pourtant, nous retrouvons plusieurs milliers de deepfakes sur internet. 

Le commentaire de Chris Ume suscite plusieurs questions. Est-il réellement difficile de faire un deepfake ? Alors, nous avons testé. Pour commencer, nous avons créé une vidéo source. Cette vidéo consiste à faire l’action principale. Par la suite, nous avons enregistré une autre vidéo comprenant plusieurs mouvements faciales. Ensuite, un algorithme coupe la vidéo secondaire en plusieurs images comprenant différentes émotions faciales. Plus tard, l’intelligence artificielle de DeepFaceLab tente d’assimiler les visages en identifiant la bouche, les yeux, les sourcils et le nez. Ce processus peut prendre des jours et même des semaines. Finalement, nous retrouvons une vidéo construite par DeepFaceLab comprenant un visage sur un corps à qui il n’appartient pas.

Après 48h nous obtenons cette vidéo. La différence entre DeepTomCruise et notre vidéo est énorme. La qualité de l’image est incomparable. Malheureusement, nous ne pouvons pas tromper personne avec cette vidéo. Finalement, il est facile de faire un deepfake, mais il n’est pas facile de faire un beau deepfake. Chris Ume utilise ses années d’expérience et son talent d’artiste pour obtenir une image aussi réelle.         

Notre vidéo deepfake

Réglementation au Québec

Il n’existe aucune réglementation concernant l’utilisation de deepfakes au Québec pour l’instant. Le gouvernement du Québec considère que l’interdiction pourrait avoir un impact sur la liberté d’expression. Le gouvernement est conscient des problèmes que le deepfake peut apporter à la société. Pour palier au problème, il préfère se diriger vers d’autres alternatives comme la technologie de détection des fausses vidéos mise en place par les géants du web ou une éducation aux bonnes sources d’information. La question sur la réglementation de cette technologie nouvelle est un sujet qui n’est pas tout à fait résolu. Il est donc intéressant de se questionner sur les différentes lois que le gouvernement pourrait mettre en place. 

Où sont les limites?

Devrait-il avoir un droit d’auteur sur les visages des personnes si la vidéo est réalisée à des fins monétaires ? Est-ce qu’une vidéo avec un deepfake devrait avoir un avis pour avertir le spectateur que ce n’est pas vrai ?

Nous avons vu que les possibilités sont très variées et qu’il est facile de créer des contenus malsains. C’est pourquoi il est important de se poser ces questions et de toujours s’assurer que ce qu’on voit sur internet est vrai.

Rédigé par Benjamin Vigneault, Édouard Julien et Vincent Larocque dans le cadre du cours EDM1560 – Automne 2021 à l’UQAM.

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