Les communautés toxiques en ligne: Les incels et les « proana »

Les communautés en ligne ou bien virtuelles sont des groupements d’individus qui possèdent les mêmes intérêts ou bien des valeurs communes, « qui se rencontrent et ont des échanges par l’intermédiaire d’Internet » (Office québécois de la langue française, 2013).


En effet, ces communautés peuvent avoir des effets bénéfiques en créant un sentiment d’appartenance et de soutien chez les membres ou en suscitant de nouvelles rencontres, mais elles peuvent rapidement devenir toxiques. En se joignant au groupe, les individus peuvent ainsi aggraver leurs comportements néfastes et malsains. Cela est d’ailleurs le cas dans les communautés qui traitent de dépression en ligne. Les membres des communautés dépressives s’exposent ainsi grandement aux émotions négatives des autres membres. Ceux-ci sont alors plus susceptibles de montrer une augmentation significative de l’anxiété, de la colère et d’autres émotions négatives. Et donc, cela entraîne un plus grand risque de suicide (Lu et al., 2021). Certains considèrent les communautés en ligne comme un canal pour évacuer leurs émotions négatives (Lu et al., 2021). Parmi les communautés virtuelles considérées comme toxiques, deux sortent davantage du lot : les communautés de incels et de « proana ».

Les communautés de Incels

D’abord, les incel (involontary celibates) sont des hommes qui se considèrent comme des célibataires involontaires, frustrés de leur incapacité à trouver des partenaires sexuels ou intimes (Zdjelar, 2020). La colère de ces hommes a entraîné à maintes reprises des violences contre les femmes (Zdjelar, 2020). En effet, les recherches récentes montrent que les incels se sentent rejetés par les femmes et la société en général, et qu’ils sont simplement à la recherche d’une collectivité (Zdjelar, 2020). Ces communautés virtuelles agissent comme un système de soutien. Cela représente donc un endroit où ils peuvent être eux-mêmes et partager leurs expériences (Zdjelar, 2020). On a demandé à un ancien membre de ce groupe s’il détestait les femmes et il a répondu :

« In some ways, yes. I try not to, but I find myself like – I’ll just be talking and I’ll say things that I shouldn’t really say, just because I’ve been looking at forums. […] You think one small [thing]… then you get other people thinking far more radical things. So you then think the small things are acceptable. […] I had resentment towards a particular person, but after speaking to people on the internet, they tended to convince me that [cruelty] was a common attribute among women. » (Griffin, 2018)

« In some ways, yes. I try not to, but I find myself like – I’ll just be talking and I’ll say things that I shouldn’t really say, just because I’ve been looking at forums. […] You think one small [thing]… then you get other people thinking far more radical things. So you then think the small things are acceptable. […] I had resentment towards a particular person, but speaking to people on the internet, they tended to convince me that [cruelty] was a common attribute among women. »

(Griffin, 2018)

Reddit, Facebook, 4chan

Que ce soit sur Reddit, Facebook, 4chan ou sur des sites fondés par des incels eux-mêmes, ces communautés virtuelles suggèrent la violence comme solution (Griffin, 2018). Par exemple, lorsqu’un des membres a révélé vouloir mettre fin à sa vie, l’un des commentateurs lui a demandé de ne pas être égoïste et de se rendre dans une école primaire pour prendre la vie d’enfants, avant de se suicider (Griffin, 2018). Des commentaires de ce genre ne sont pas inhabituels dans ces communautés. Lorsque quelqu’un mentionne avoir des pensées suicidaires, il est souvent encouragé par d’autres membres du groupe (Griffin, 2018). Reddit a donc fait des tentatives pour retirer ces communautés de leur plateforme, mais de nombreux groupes sont restés en ligne. (Griffin, 2018)

Les communautés « proana »

Nombreuses sont les communautés en lignes qui ont des conséquences négatives sur leurs membres, comme les communautés de soutien aux troubles alimentaires. Cependant, les individus ne recherchent pas du soutien pour surmonter le trouble lui-même. Les membres s’encouragent mutuellement à continuer à avoir des comportements nuisibles pour leur santé, et même à adopter des comportements encore plus excessifs de perte de poids (Zdjelar, 2020).

Les sites de « proanorexia », dits « proana », et de « probulimia », qui encouragent les troubles de l’anorexie et de la boulimie, font la promotion de la « thinspiration », des images inspirantes de corps extrêmement minces (Oksanen, 2016). Par exemple, une utilisatrice d’Instagram a publié une photo lisant : « Name a food and I won’t eat it for two weeks » (Sagan, 2015). Une autre a publié une liste d’entraînement et pour chaque partage, elle fera une série des exercices (Sagan, 2015). Ces communautés sont actives, notamment, sur Facebook, YouTube, Twitter, Instagram, Pinterest et Snapchat avec des hashtags comme #thinspiration, #probulimia et #proanorexia (Sagan, 2015).

Dernièrement, on reporte que certains utilisateurs de TikTok ont trouvé du contenu « proanorexia » inquiétant sur leur « For You Page », la section personnalisée de l’application. De nombreuses plateformes en ligne font face à des problèmes « proana » puisque les algorithmes ne sont pas formés pour porter des jugements moraux sur le contenu qu’ils recommandent (Gerrard, 2020). Alors, ils partagent des diètes, des méthodes de purge ou encore les expériences personnelles des utilisateurs, ce qui encourage davantage la perte de poids. (Gerrard, 2020)

Bref, parmi les nombreuses communautés en ligne, certaines sont considérées comme toxiques. Plusieurs communautés virtuelles comportent des dangers pour ses membres, tout comme pour la société. Celles-ci peuvent aggraver les comportements néfastes des individus, qu’ils soient physiques ou mentaux.

Rédigé par Béatrice Guay, Laurabel Guay et Juliette Bernier dans le cadre du cours EDM1560 – Automne 2021 à l’UQAM

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