Instagram et la censure du corps féminin

La chanteuse Miley Cyrus portant un chandail appuyant le mouvement féministe « Free The Nipple ». (Source: Google Image)

La censure du corps sous prétexte de protection n’est pas un concept né d’hier. Ce n’est donc pas étonnant que, malgré plusieurs mouvements féministes, les réseaux sociaux numériques majeurs soumettent leurs usagers à certaines conditions et règles qui visent à censurer certains contenus. Conditions générés par rapport au contenu que ceux-ci décident de publier sur leurs plate-formes. Dans le cas d’Instagram, on censure le corps de la femme par « protection ». Cela pour éviter que du contenu dit explicite (comme de la pornographie, par exemple) ne soit véhiculé sur la plate-forme.  

Quelques conditions d’utilisations

Qu’est-ce du contenu explicite, exactement ? La nudité en général est considérée assez provocatrice pour qu’on la retire de la plate-forme, selon les standards de communauté d’Instagram. C’est alors ce que semble nous communiquer le réseau social. Du moins, dans les deux premières lignes du paragraphe où Instagram nous explique ce qu’est du contenu « approprié pour une audience diversifiée ». Les responsables de la plate-forme disent comprendre que certaines personnes puissent vouloir publier de la nudité dans un contexte artistique. Toute nudité est tout de même retirée, par mesure de sécurité.  

Instagram affirme:

« Cela inclut également certaines photos de mamelons, mais les photos de cicatrices post-mastectomie et de femmes qui allaitent activement un enfant sont autorisées. La nudité dans les photos de peintures et de sculptures est également acceptable. »  

Community Guidelines, Instagram. (Source: https://help.instagram.com/477434105621119/)

Donc, pourquoi voit-on des peintures artistiques, des comptes d’éducation sexuelle, et des femmes en train d’allaiter se faire retirer leur contenu, voir effacer leurs comptes? Pourquoi qu’Instagram censure-t-il les mamelons de la femme, mais pas ceux de l’homme? Ils sont considérés comme tabou.  

Instagram se contredit dans sa propre définition de ce qu’est du « contenu approprié ». Alors comment pouvons-nous mettre entre leurs mains la décision finale de ce qui est inapproprié ou approprié? Qui-est-ce qui définit ce qui est de l’art ou de l’éducation et ce qui n’est que du contenu vulgaire? 

Apparemment, même Instagram n’est pas en mesure de nous fournir une réponse universelle. Les revenus monétaires que la publication apporte? L’intention derrière le contenu publié? On publie notre contenu, et on découvre ensuite s’il est approprié.

Quand la popularité achète la censure de la femme sur Instagram

Devant deux contenus représentant le corps de la femme, la plate-forme se voit juger le corps dénudé de l’influenceuse Elisabeth Rioux comme approprié. Par contre, le corps complètement vêtu, mais tacheté de sang menstruel de la poète Rupi Kaur, lui, s’est vu retiré du réseau social. 

Photo nue d’Elisabeth Rioux publiée et autorisée par Instagram. (Source: Instagram)
Photo retirée d’Instagram de Rupi Kaur portant des pantalons tachés de sang mensturel. https://rupikaur.com/period/

Il est intéressant de savoir que Rioux possède une compagnie de maillots de bains et 1.8 millions d’abonnés à sa page. On peut donc s’imaginer qu’elle achète une bonne part de publicité à Instagram. Son contenu provocateur génère aussi beaucoup de réactions sur la plate-forme. Rupi Kaur, elle, ne posséde que 30 000 abonnés au moment où elle publie sa photo. Elle ne représente donc pas une source de revenu pour Instagram, son contenu est donc retiré. Suite à une deuxième tentative de publié le même contenu, son compte en entier se fait bannir.

Le message que nous envoie Instagram nous semble donc clair. On tolère la nudité féminine quand elle génère des revenus. De l’autre côté, si l’intention du contenu est modeste et éducative, on le considère inapproprié.  

Le mamelon au masculin…

Les lignes déterminantes du contenu « approprié » sont aussi floues face au contenu qui représente le corps masculin. Une injustice sexiste se dresse quand un homme publie une photo de son torse nu. Ce contenu ne fait même pas l’objet de vérification. On le publie. Le mamelon féminin, lui, ne se voit jamais accordé un tel privilège.  

Plusieurs mouvements se créent face à cette injustice, dont le mouvement populaires « Free The Nipple ». Les femmes réclament leur droit de faire usage de leur corps de la même façon que les hommes. L’artiste Micol Hebron va même juste à créer l’œuvre suivante, visant à faire ressortir l’absurdité de la situation:  

Oeuvre d’art de Micol Hebron ridiculisant la censure du mamelon féminin http://micolhebron.com/

Comment peut-on se plier aux standards de la communauté d’Instagram, si elles ne sont pas en mesure d’être applicable de façon égalitaire? Pourquoi mettre en valeur un contenu, simplement pour sa valeur monétaire, au détriment d’un contenu éducatif? Qu’est-ce que le mamelon de la femme a de si provocant, que celui de l’homme n’a pas? Deux youtubeuses françaises s’attardent à la question et nous fournissent de l’information supplémentaire sur le sujet.

Les Youtubeuses Camille & Justine se prononce sur la censure féminine sur Instagram (Source: Youtube)

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